
Se donner soi-même jusqu’à la limite
Le sacrifice comme faux label
Bien souvent, celles et ceux qui dirigent des projets sur le territoire croient que le sacrifice personnel est le prix de l’impact social. Il est fréquent de voir des leaders qui sont les premiers arrivés et les derniers partis, qui utilisent l’argent de leur propre loyer pour combler un trou dans le projet et qui n’éteignent pas leur téléphone, même au moment de dormir.
Pourtant, l’usure émotionnelle, mentale, physique et financière n’est pas un label de dévouement, mais un signal d’alerte. Si le leader tombe malade ou s’effondre financièrement, le projet périt avec lui. L’autogestion individuelle est donc une stratégie de survie et de responsabilité envers la cause.
Qu’est-ce que l’autogestion individuelle ?
Différente de la gestion du collectif ou du projet, l’autogestion est un ensemble de pratiques que le leader doit apprendre et adopter au quotidien pour gérer ses propres ressources. Les trois qui demandent le plus d’attention sont : le temps, la santé et l’argent.
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Économie du soin : comprendre que le repos et la santé mentale sont des intrants de base du travail social.
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Limites non négociables : la capacité de dire « non » ou « pas encore » pour protéger sa propre intégrité.
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Séparation patrimoniale : sur le plan technique, cela signifie ne pas mélanger le compte de la personne physique avec le compte du projet (personne morale ou collectif).
Comment l’appliquer dans la pratique : protéger ses piliers
Pour éviter que le leader ne s’effondre ou n’entre dans une crise existentielle, il importe d’adopter au moins ces trois pratiques :
a) Autogestion financière : la poche du leader n’est pas la caisse du projet
Séparer les comptes et les dépenses
Dressez une liste de tout ce que vous dépensez sur vos ressources personnelles au profit du projet (transport, alimentation, internet, fournitures de bureau). Cherchez ensuite des solutions pour couvrir ces coûts : appels à projets, soutiens et partenariats.
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Séparation des comptes bancaires : même si le projet ou le collectif ne possède pas de CNPJ, maintenez un compte bancaire qui lui soit exclusivement dédié. Votre argent et celui du collectif doivent être séparés ; cela évite la fausse impression que vous disposez de ressources qui, en réalité, appartiennent à l’action sociale.
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Séparation des dépenses : de même que l’argent doit être séparé, les dépenses doivent elles aussi être distinguées. Lorsque le siège du projet est le domicile lui-même, cette séparation devient plus difficile ; une manière pratique de procéder consiste à calculer la proportion de temps pendant laquelle internet, l’électricité et d’autres ressources sont utilisés par le projet, en listant ces montants pour connaître, avec le plus de précision possible, le coût réel du maintien de l’initiative.
b) Autogestion mentale et émotionnelle : filtrer l’urgence

Nous vivons à l’ère de l’urgence : la vie va très vite et ralentir semble parfois une tâche impossible.
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Gestion du temps : séparez votre vie personnelle de votre vie professionnelle. Prenez l’habitude d’établir des horaires définis pour travailler sur le projet — par exemple répondre aux messages ou aux e-mails de 9h à 17h — et réservez un jour par semaine au repos et à la déconnexion. Les partenaires avec qui vous travaillez ont tendance à comprendre et à respecter vos limites, et s’y adaptent progressivement.
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Développement d’un autre leadership : repérez, dans votre collectif, les personnes qui croient au projet et qui sont prêtes à marcher à vos côtés. Répartissez les tâches avec des responsabilités que chacune soit capable d’assumer.
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Réseau d’écoute : ayez quelqu’un en dehors du projet à qui parler : un mentor, un thérapeute, un ami ou un groupe de soutien émotionnel dans lequel vous vous sentez en sécurité. Rappelez-vous que vous n’avez pas à être fort tout le temps.
Autogestion physique : le corps comme territoire
Il est courant d’entendre : « Je n’ai pas le temps de prendre soin de moi ! » Mais que signifie, au juste, ce soin ? Le corps doit être vu comme votre territoire. De la même façon que vous fixez des rendez-vous avec des partenaires et des soutiens, établissez un agenda pour vous-même et réservez du temps pour prendre soin de vous.
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Alimentation : le rythme intense empêche souvent de s’alimenter correctement. Intégrez les horaires de repas à votre gestion du temps et ne les abandonnez pas. Évitez de consommer fréquemment de la restauration rapide et, dès que possible, privilégiez des aliments sains. Le secret ne tient pas seulement à ce que l’on mange, mais à la façon dont on mange : il faut s’arrêter, percevoir et savourer l’aliment. Lorsqu’il n’est pas possible d’y consacrer une heure, prenez le repas en quinze minutes, avec attention, sans téléphone ni autres distractions.
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Sommeil : dans la course du territoire, le sommeil est fréquemment perçu comme un « luxe » ou une perte de temps. Pourtant, pour qui est en première ligne de la transformation sociale, le repos est la base de la durabilité. Sans un corps et un esprit reposés, la capacité à articuler des réseaux, à prendre des décisions difficiles et à gérer des conflits se dégrade. Identifiez le nombre d’heures de sommeil dont vous avez réellement besoin. L’idéal est de huit heures mais, si ce n’est pas réaliste, adaptez à votre réalité avec six heures ou, au moins, une sieste après le déjeuner. Établissez une routine : fixez des horaires réguliers pour vous coucher et vous lever. Préparez-vous avant d’aller au lit, en éteignant votre téléphone ou en le laissant hors de portée.
Pourquoi dormons-nous ? Le sommeil est essentiel à l’organisme. Il agit sur la récupération physique et mentale, économise de l’énergie, traite les expériences (en renforçant la mémoire et en éliminant le superflu), prépare le cerveau à de nouveaux apprentissages et contribue à la santé, en renforçant le système immunitaire et en régulant le métabolisme.
Lien avec le territoire, l’impact social et le « corre »
Ubuntu et le soin collectif
Dans les périphéries, le concept d’Ubuntu (« Je suis parce que nous sommes ») est très présent. Mais pour que le « nous » soit fort, les parties qui le composent doivent être entières.
L’usure financière du leader engendre fréquemment un cycle de pauvreté que le territoire lui-même tente de combattre. Lorsqu’une leader des périphéries s’organise financièrement et prend soin de sa santé mentale, elle rompt le stéréotype selon lequel le travail social serait du « bénévolat souffrant » et occupe désormais une place de professionnalisme et de référence. Prendre soin de soi est un acte politique de résistance contre un système qui attend que les gens s’épuisent.
À ne pas oublier
L’autogestion comme permanence
L’autogestion individuelle n’est pas de l’égoïsme ; c’est une stratégie de permanence. Un leader épuisé prend de mauvaises décisions, éloigne les partenaires et compromet la continuité des actions sur le territoire.
Choisissez l’une de ces initiatives pour commencer dès demain :
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Ouvrir un compte bancaire (même en ligne) exclusivement dédié au projet.
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Définir un horaire « sacré » de déconnexion des réseaux sociaux.
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Repérer une tâche que vous accomplissez aujourd’hui et qui pourrait être enseignée à quelqu’un d’autre.
« Vous n’avez pas besoin d’aller bien tout le temps, vous avez besoin d’avoir de l’équilibre en tout temps » Karla Alexandra
Références
- Por que dormimos? Brasil Escola . Disponible sur : https://brasilescola.uol.com.br/curiosidades/por-que-dormimos.htm. Consulté en : 2026.
